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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 15:50


Ca y est, j'ai commencé la rédaction après quatre mois de retard des cercueils en carton, un roman au suspense insoutenable dans lequel une série d'évènements va transformer une femme normale en
serial tueuse...J'en publie les premières lignes. Dites moi si cela vous donne envie de lire la suite...

LES CERCUEILS EN CARTON

Juliette conduisait nerveusement, les mains crispées sur le  volant de la Honda noire, slalomant entre les voitures. Elle alluma une cigarette, elle qui d'habitude ne fumait que le soir.

Concentrée sur sa conduite, les dents serrées, elle espérait arriver à temps à l'hôpital Saint-André . L'unité des soins palliatifs avait appelé une heure plus tôt, il fallait se hâter. Elle
avait laissé tout en plan à la maison, fermé la porte à la va-vite et démarré sur les chapeaux de roue, mais il y avait beaucoup de circulation sur la N215. 

Les souvenirs remontèrent les uns après les autres, en vrac : les parties de pêche, les éclats de rire, les gâteaux au chocolat préparés avec lui sous le regard amusé de sa mère, sa première
rentrée dans l'école du quartier, l'odeur de la cire dans son bureau où elle aimait petite se cacher, celle des fauteuils de cuir fatigués, le goût de la confiture de fraise, les senteurs
délicates des roses et du lilas du jardin qu'il aimait tant, le jour où il lui avait prêté sa voiture après l'obtention du précieux papier rose, le jour de l'enterrement de sa mère, le jour où il
lui avait appris qu'il était malade.

Elle ne pouvait croire qu'il était si vieux, si usé par la maladie. Il allait mourir, il fallait s'en douter pourtant, une leucémie ça ne pardonne pas.

Elle s'arracha à ses pensées en arrivant devant l'hôpital, dans le centre de Bordeaux. Cela faisait une éternité qu'elle n'était pas venue, le parking était payant à présent, comme dans un centre
commercial. Tout avait désormais un prix dans la vie...

Elle s'arrêta pour inspirer profondément l'air devant l'énorme édifice en pierre grise datant du 14ème siècle et entièrement reconstruit au 19ème. il faisait  lourd en cette fin d'après-midi
de mai, l'atmosphère était saturée de pollution, elle le sentait dès qu'elle mettait un pied dans l'agglomération bordelaise. Le carburant, l'asphalte, les vapeurs de la ville encrassaient son
organisme, la prenaient à la gorge.

Dieu merci elle vivait en campagne, dans le Médoc depuis quelques années. Elle habitait au milieu des vignes, avec au loin la Gironde, entre deux villages aux sonorités mondialement illustres,
Pauillac et Saint-Estèphe. Le Médoc, un endroit préservé, reculé disaient certains, où la nature avait encore ses droits, où l'on trouvait encore des reinettes qui sautaient dans les maisons
quand on ouvrait les portes, où les écrevisses s'aventuraient hardiment entre les ceps de vigne la nuit, où l'on pêchait selon des traditions séculaires, où l'entrecôte n'avait pas le même goût
qu'ailleurs.

Tout juste mariés, son époux avait intégré une grand maison du négoce bordelais vingt ans auparavant, ils s'étaient installés dans une veille maison de pierre blanche achetée sur un coup de cœur.
Ils avaient fait un bébé dans la foulée, qui à présent étudiait l'architecture à Paris.

Elle franchit les portes de l'hôpital, se dirigea rapidement vers l'ascenseur.  Elle croisa des gens âgés qui déambulaient avec peine, accrochés à leurs perfusions mobiles, des trentenaires
ou quarantenaires accablés, sans cheveux ou avec un foulard, des familles bruyantes qui venaient visiter leurs proches, des filles éplorées qui se mouchaient. Parvenue au second étage, elle
tourna à droite en direction de la chambre occupée par son père. Elle s'arrêta net: la porte était grande ouverte, le lit vide. Une employée s'affairait à nettoyer avec force détergent, un peu
comme dans un hôtel, sauf que le client n'était pas parti en voyage.

Son cœur fit un saut dans sa poitrine. Il lui fallait une explication, elle se  dirigea vers le bureau d'accueil. Quand elle la vit, l'infirmière en faction décrocha son téléphone. 

-Monsieur le professeur, Madame Saint Marc est arrivée, voulez-vous venir?

Puis elle salua Juliette d'un air affable et lui demanda de s’asseoir.

-Où est mon père? , réussit-elle à articuler avec peine. Elle connaissait déjà la réponse.

Le professeur Moreau arriva au bon moment et signifia  à Juliette de le suivre. Ils s'installèrent dans son bureau feutré, dans des tons marine et cobalt, meublé d'une table en verre et de
fauteuils confortables. Sur les murs, des photographies du bassin illustraient le goût du médecin pour sa région.

-Madame, votre père nous a quitté il y a quarante-cinq minutes. Il s'est endormi paisiblement.  Il vous a demandé, nous lui avons fait savoir  que vous étiez en route, c'est une bonne
fille  a-t-il dit. Il repose dans la chambre mortuaire, vous pouvez aller vous recueillir, nous ferons les papiers ensuite. 

 La morgue, baptisée avec délicatesse chambre mortuaire, ressemblait à toutes les morgues, froide, impersonnelle, l'inox étincelant de propreté. Juliette détestait ces mots aseptisés qui
atténuaient, du moins le croyaient ceux qui les avaient inventés, les vicissitudes de l'existence. Ainsi on ne disait pas la mort mais le décès, ni la morgue mais la chambre mortuaire. A quand la
boîte des songes pour le cercueil? Le médecin chef de la  morgue vint la saluer, lui fit signe de le suivre.  Une odeur de conservateur flottait dans l'air, les petits frigos sagement
alignés refermaient des cadavres traités contre la pourriture en attendant d'être inhumés ou incinérés. D'ici quelques années, on ne pourrait les enterrer d'ailleurs, question de place et pour
 raison sanitaire.  Le médecin ouvrit le dernier tiroir de la dernière rangée.  Juliette pensa que tous les compartiments étaient pleins, ce secteur ne connaissait pas la crise. La
vue du corps blanc, décharné,  la fit frissonner. Elle avait peur des cadavres, elle avait eu l'occasion d'en voir quelques uns, de la famille,  mais il était au-dessus de ses forces de
les toucher ou les embrasser par exemple. Celui de sa mère lui avait paru si éloigné de sa personnalité quand elle était vivante qu'elle lui avait à peine adressé un regard, et encore moins
étreint les mains. Pour sa grand-mère, c'était encore pire, elle n'avait pas voulu la voir. Là, le médecin l'avait prise par surprise, elle n'avait pas eu le temps de se défiler. Et il gisait
devant elle, immobile, maigre, rabougri, le visage émacié, avec une teinte cireuse et une raideur déjà cadavérique. Le désespoir lui étreignit violemment la poitrine mais elle fut incapable de
pleurer. Elle hocha la tête, pour signifier que c'était bien son père, hésita à lui attraper la main, finalement en fut incapable. Elle tourna les talons et repartit  avec lenteur vers la
porte.

- Deuxième porte à gauche pour les papiers s'il vous plaît,  lui cria le médecin dans son dos. Il haussa les épaules et referma le tiroir en soupirant. De nos jours, les gens ne respectaient
plus rien, pas même leurs morts...


 


 


 


 

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Published by Laurence Plard
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commentaires

chemin de tables 09/03/2014 20:41

un début très prometteur.....
bravo pour ton écriture
bises
patricia

LaurenceP 10/03/2014 22:51


Merci pour tes encouragements Patricia, bises .


telos 29/01/2014 07:03

narrer fait vivre, poursuis.

Laurence Plard 29/01/2014 14:26


Merci pour les encouragements, et beaucoup de bonnes choses tout au Long de cette année!


cafardages 28/01/2014 15:58

ça parle à chacun de nous assez vieux ou vieille pour connaitre cette situation d'êtres aimés partis ou en partance. On attend bien sûr la suite

Laurence Plard 29/01/2014 14:27


Merci les cafards


cotentine 23/01/2014 21:25

coucou,LAURENCE vous entrez dans le vif du sujet ,toujours le style alerte ...souvenirs douloureux pour moi ,je zapperai les premières pages .BISOUS . B .et soleil sur votre écriture ,je pense que
l'histoire va bondir et rebondir !!

Laurence Plard 26/01/2014 19:13


Bonsoir Bernadete, Merci pour votre fidèle avis! On a tous nos souvenirs...bises, après la pluie le beau temps!


Mimi du Sud 21/01/2014 17:26

Un peu triste le début du roman,
mais sûrement il y aura du suspens après,
un bon thriller qui commence :-)
bisous

Laurence Plard 21/01/2014 21:58


Oui il va s'en passer des choses...!


Carine-Laure Desguin 20/01/2014 15:29

Quelle course, quel rythme!

Laurence Plard 20/01/2014 17:55


Merci Carine-Laure! Je te souhaite une belle année !


Anne-Marie 20/01/2014 08:34

Je trouve que le début, très bien écrit, est très sombre et rappelle à chacun de mauvais souvenirs... Si je commençais ce livre je crois que j'attendrais, après ce début bien noir, quelques pages
plus légères... ( même si je sais qu'il s'il s'agit d'un polar)

Laurence Plard 20/01/2014 17:56


Merci Anne-Marie pour ton avis, heureusement il y aura aussi de l'humour, noir...


cafardages 20/01/2014 06:59

un drôle de titre en tout cas

Laurence Plard 20/01/2014 17:57


Coucou les cafards, il va y avoir des cercueils en carton et non en bois, c'est tendance...


Ari 20/01/2014 01:37

Voilà un très bon début.
On m'a Reproché un manque dialogue concernant mon manuscrit. Å toi de voir.

Laurence Plard 20/01/2014 17:58


Merci Ary, j'ai prévu!!!


Cristophe 20/01/2014 01:17

Je pense que le médecin devrait avoir son dos. d:-)

Laurence Plard 20/01/2014 17:59


En fait il n'en a pas besoin, le tout tient avec une broche!!!!bob il faut que je corrige....

Joffrey 19/01/2014 22:38

J'ai hâte de lire le roman :D

Laurence Plard 20/01/2014 18:00


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